HISTOIRE DE GERMAINE BERTON (4)
Dès le début du procès, on sait qui a tiré, qui a tué et dans quelles
circonstances ! Pourquoi donc prévoir une audience sur cinq jours, alors
que la question de la culpabilité de cette femme est pliée d’avance,
que les preuves sont accablantes et les aveux réitérés ? Dans Le Petit Parisien,
l’éditorialiste s’exaspère : « Une seule accusée et qui avoue… Il
semble qu’une audience devrait suffire ». En ce 18 décembre 1923,
s’ouvre à Paris, devant la cour d’assises de la Seine, le procès de
Germaine Berton. Du côté de la défense, Maître Henry Torrès a fait citer 70 témoins. Sur
les circonstances du crime, Germaine Berton renouvelle, sans surprise,
ses aveux devant ses juges médusés par l’aplomb de cette jeune
meurtrière : « J’ai voulu empêcher de réaliser en France le fascisme. »
Elle se lance alors dans un long plaidoyer visant à expliquer le mobile
de son crime. La presse rapporte qu’elle fait un récit très précis, sans
la moindre larme ni le moindre regret exprimé. Par la suite, les
témoins se succèdent à la barre, tantôt insistant sur la lâcheté du
meurtre de ce héros du patriotisme, tantôt banalisant ce crime en
énumérant les violences incessantes des Camelots du roi, dirigés de main de maître par
Marius Plateau. Dès le deuxième jour d’audience, les débats ont
complètement dévié. L’Écho de Paris le déplore : « Quand la politique entre dans le prétoire, la justice en sort. »
Comme pour le procès de Villain, l’assassin de Jaurès, quatre ans plus
tôt, ce qui frappe l’auditoire c’est le positionnement plutôt effacé du
parquet, alors qu’en défense Maître Torrès développe sereinement sa
stratégie. L’objectif est de tenter, en agitant le thème de la violence
de l’Action française, de faire excuser l’attentat dont fut victime l’un
des siens. « Vous aurez l’obligation de l’acquitter : Plateau
orchestrait la violence. »
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