HISTOIRE DE GERMAINE BERTON (5)
L’avocat tente de réhabiliter l’accusée en la
présentant comme une enfant. Il va jusqu’à évoquer un crime passionnel,
en soulignant qu’elle était l’interprète de la colère populaire. Avec beaucoup de solennité, il s’approche du banc des jurés : « Il faut
que vous acquittiez Germaine Berton. S’il en était autrement, votre
verdict frapperait Jaurès pour la seconde fois […]. Il faut que celle
qui frappa pour venger Jaurès aille rejoindre Villain dans l’absolution
et demain dans l’oubli. » Les jurés, qui délibéraient alors seuls, sans l’assistance de magistrats
professionnels, ne délibèrent pas plus d’une demi-heure avant de
revenir avec un verdict d’acquittement. Du côté de la défense, on a le
triomphe modeste. Maître Torrès invoque devant la presse la
jurisprudence de l’impunité : « Ce sont les acquittements précédents de
Villain et de Mme Caillaux [meurtrière de Gaston Calmette, directeur du Figaro en 1914 ndlr] qui ont influencé le jury. » Pour la mère de Marius
Plateau, c’est l’humiliation suprême, voir « l’assassine » de son fils
sortir blanchie du tribunal et, au surplus, être condamnée aux dépens.
Alors pourquoi un tel « acquittement scandaleux », pour reprendre cette expression journalistique née au XIXème siècle
?Il est probable que la question de la peine a pollué la délibération
expresse des jurés. Les débats houleux avaient clairement tourné au
détriment de l’Action française et des Camelots du roi, dont les
méthodes violentes avaient été mises en lumière. Pour cette raison, les
jurés avaient certainement exclu la peine capitale et étaient plutôt
enclins à prononcer la culpabilité, tout en espérant une peine clémente.
Mais, sachant que la peine minimale prévue par la loi était de cinq ans
de réclusion, ils ont manifestement préféré retenir un verdict injuste
plutôt qu’un châtiment qu’ils considéraient comme excessif. À nouveau,
la presse dénonçait l’inconstance et l’irresponsabilité des jurés. Du
côté des juristes, on déplorait cette confusion des rôles entre les
jurés et les juges, qui s’avérait préjudiciable à une justice de qualité
et facteur d’incompréhension et de scandale.
© HISTORIA mars 2025
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