vendredi 4 avril 2025

HISTOIRE DE GERMAINE BERTON  (5)

L’avocat tente de réhabiliter l’accusée en la présentant comme une enfant. Il va jusqu’à évoquer un crime passionnel, en soulignant qu’elle était l’interprète de la colère populaire. Avec beaucoup de solennité, il s’approche du banc des jurés : « Il faut que vous acquittiez Germaine Berton. S’il en était autrement, votre verdict frapperait Jaurès pour la seconde fois […]. Il faut que celle qui frappa pour venger Jaurès aille rejoindre Villain dans l’absolution et demain dans l’oubli. » Les jurés, qui délibéraient alors seuls, sans l’assistance de magistrats professionnels, ne délibèrent pas plus d’une demi-heure avant de revenir avec un verdict d’acquittement. Du côté de la défense, on a le triomphe modeste. Maître Torrès invoque devant la presse la jurisprudence de l’impunité : « Ce sont les acquittements précédents de Villain et de Mme Caillaux [meurtrière de Gaston Calmette, directeur du Figaro en 1914 ndlr] qui ont influencé le jury. » Pour la mère de Marius Plateau, c’est l’humiliation suprême, voir « l’assassine » de son fils sortir blanchie du tribunal et, au surplus, être condamnée aux dépens.
Alors pourquoi un tel « acquittement scandaleux », pour reprendre cette expression journalistique née au XIXème siècle ?Il est probable que la question de la peine a pollué la délibération expresse des jurés. Les débats houleux avaient clairement tourné au détriment de l’Action française et des Camelots du roi, dont les méthodes violentes avaient été mises en lumière. Pour cette raison, les jurés avaient certainement exclu la peine capitale et étaient plutôt enclins à prononcer la culpabilité, tout en espérant une peine clémente. Mais, sachant que la peine minimale prévue par la loi était de cinq ans de réclusion, ils ont manifestement préféré retenir un verdict injuste plutôt qu’un châtiment qu’ils considéraient comme excessif. À nouveau, la presse dénonçait l’inconstance et l’irresponsabilité des jurés. Du côté des juristes, on déplorait cette confusion des rôles entre les jurés et les juges, qui s’avérait préjudiciable à une justice de qualité et facteur d’incompréhension et de scandale.
© HISTORIA mars 2025

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