mercredi 2 avril 2025

HISTOIRE DE GERMAINE BERTON  (3)

L’instruction sera assez rapide. Pas besoin, en effet, d’investigations très poussées : le cadavre est encore chaud, on dispose de l’arme du crime encore fumante, la suspecte a été facilement et immédiatement interpellée, il existe quantité de témoins, le mobile est cohérent pour un crime en solitaire et, cerise sur le gâteau, on bénéficie d’aveux circonstanciés. Voilà donc une affaire criminelle hors-norme puisque, contrairement aux grands principes de notre droit pénal, la présomption d’innocence ne joue pas, tant la culpabilité est évidente. C’est, en tout cas, ce que pensent les Parisiens qui suivent dans la presse ce feuilleton judiciaire. La jeune anarchiste sera emprisonnée pendant onze mois jusqu’à l’ouverture de son procès. Il ne fait pas de doute que Germaine Berton connaissait pertinemment le risque qu’elle prenait en assassinant sa cible. Depuis plus d’un siècle, tout le monde savait que les cours d’assises étaient, depuis leur création, de furieuses machines à guillotiner.
Surnommée « la Charlotte Corday des anarchistes », Germaine Berton a, en effet, de nombreux points communs avec celle qui assassina Marat dans sa baignoire, en juillet 1793. Jeunes femmes éduquées et cultivées, grandes lectrices de journaux, animées par cette même volonté de libérer le pays de la tyrannie, elles obtiendront toutes deux par ruse une audience avec leur victime avant de la tuer. Elles seront immédiatement arrêtées et embastillées. Toutefois, la comparaison s’arrête au pied de l’échafaud. Charlotte Corday subira la fureur d’une justice expéditive, étant jugée et guillotinée en quatre jours. Ce ne sera pas le cas pour Germaine Berton qui se présentera donc devant ses juges comme une jeune femme de 21 ans, célibataire, sans enfants, sans profession et sans domicile fixe.

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