mercredi 20 mars 2024

J'avais donc rendez-vous, vers dix heures du matin, avec cet homme qui vivait seul, à l'écart du village, dans une petite case de pisé. Quelques jours plus tôt, il m'avait fait passer un texte en me demandant, c'était important, de le lire à voix haute, ou plutôt de me le faire lire, en l'écoutant les yeux fermés. J'avais lu alors à voix haute, enregistré ma voix et écouté les yeux fermés, allongé sur le lit, assez tard dans la nuit.
Et j'avais été frappé, plus encore en l'écoutant, par ce fait singulier : le texte tout entier était un échange de paroles. Exclusivement. Pas une seule description. Pas même une indication, ainsi qu'il est d'usage pour les pièces de théâtre, sur la personne qui parlait. Seuls quelques intervalles permettaient de comprendre qu'il s'était écoulé du temps entre deux échanges de paroles.
Je voulais voir cet homme car il était le seul, du moins dans les environs, à avoir survécu à ce qui, trente ans plus tôt, avait eu lieu dans ce village. En réalité, il n'était pas encore né, lors des évènements. Mais il était conçu et le jour de sa naissance approchait. Sa mère, en accouchant, avait perdu la vie.
J'avais appris tout ça quelques semaines avant, au cours d'une investigation qui avait fini par conduire mes pas jusqu'à cet homme-là. A part son âge, je ne connaissais rien de lui en arrivant ici. Le premier contact avait été établi grâce à un intermédiaire. Je ne l'avais jamais vu. Juste entendu, au téléphone.

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