mardi 21 juin 2022

HASARD  INANITÉ  MULTIPLICITÉ  (2)

Dans les années 1930, mes grands-parents habitaient en face de la maison natale de Victor Hugo. Le grand homme était mort et panthéonisé mais son génie éclairait encore sûrement cette petite place, en contrebas de Saint-Jean et du square Castan. Cinquante ans plus tard, j'avais loué un petit 2 pièces au 5ème sans ascenseur à Charenton Saint-Maurice. Du petit balcon on surplombait un long mur d'enceinte. Derrière, le vaste parc de l'ancien asile psychiatrique où Donatien (ci-devant marquis) de Sade fût interné après avoir passé quelques années dans les geôles du donjon de Vincennes voisin et de la Bastille. À Ivry-sur-Seine, l'entreprise qui me payait (chichement) à gratter du papier était située près de la mairie et de l'immeuble où habitait Jean Ferrat dans les années 60. À Ivry aussi les lieux tristement médicalisés où Antonin Artaud et Georges Pérec finirent leurs jours. Et pour boucler cet itinéraire médico-littéraire, mon domicile actuel est à une volée de moineau de la maison natale de Valéry Larbaud, il y vécut enfant. Non loin de là, dans la rue de Paris, se dressait l'Hôtel du Beaujolais qui hébergea Samuel Beckett en 1940. Bon sang que n'ai-je attrapé au vol quelques effluves de ces talents de plume. Ils flottaient là dans l'air, il suffisait de respirer assez fort. Au lieu de ça, l'oisiveté. Paresse est mon nom.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire