Les oiseaux de passage
Ô vie heureuse des bourgeois; qu'avril bourgeonne
ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents
Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne
ça lui suffit, il sait que l'amour n'a qu'un temps;
ce dindon a toujours béni sa destinée
et quand vient le moment de mourir il faut voir
cette jeune oie en pleurs : c'est là que je suis née
je meurs près de ma mère et j'ai fait mon devoir
Elle a fait son devoir, c'est à dire que oncques
elle n'eut de souhait impossible, elle n'eut
aucun rêve de lune, aucun désir de jonque
l'emportant sans rameur sur un fleuve inconnu
Et tous sont ainsi faits : vivre la même vie
toujours, pour ces gens-là cela n'est point hideux
Ce canard n'a qu'un bec et n'eut jamais envie
ou de n'en plus avoir ou bien d'en avoir deux;
ils n'ont aucun besoin de baisers sur les lèvres
et loin des songes vains, loin des soucis cuisants
possèdent pour tout cœur un viscère sans fièvre
un coucou régulier et garanti dix ans
© Jean Richepin / Georges Brassens
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