Un
matin que j'avais remis mon Elephant dans le lecteur CD, voilà mon père qui entre dans ma
chambre comme une balle, encore en pyjama, le cheveu en bataille. Il braille que c'est une honte, que
c'est insupportable. Une vraie furie, je ne l'avais jamais vu comme ça.
Je bredouille que c'est un CD qui me donne de l'énergie matinale, il faut bien
que j'invente quelque chose, et que pardon, j'avais pas vu l'heure. Il
beugle je te parle pas de ça, mais faut pas baisser le son sur The Hardest Button, un si bon morceau ça se joue pas en
sourdine. Waouh, je crois rêver, il se plaint de ne pas bien entendre les rocks les plus hard du disque ! Pour calmer le jeu, je relance track #4, I just don't know what to do with myself. Oui, sourit-il, celle-là tu peux en faire une cure, c'est un must. À la bonne heure, le voilà revenu à son état normal, il m'a fait peur.
Il a l'air rassuré tout d'un coup, épanoui comme un gamin qui a retrouvé son doudou. Il dodeline de la tête pendant les couplets et donne des coups de menton au refrain... c'est quand même autre chose que la version de l'autre pimbêche... mais de qui parle-t-il ?... quelle pimbêche? hasardai-je avec mon air mi-béotien, mi-chien battu... Dusty Springfield, une chanteuse british des sixties qui a fait un hit avec I only want to be with you... c'était pas si mal, Richard Anthony en a fait À présent tu peux t'en aller, mais après elle aurait dû aller faire serveuse dans un pub... Putain, il m'en bouche un coin, d’où il sait tout ça, et moi je passe pour une tanche. Il sort, direction la salle de bains. Pointu, le
dabe. J'ai pas osé lui demander ce qu'avait pensé Dusty de cette reprise de I don't know what par Jack White; j'ai regardé sur wiki, elle est morte. La chanson, elle, est plus vivante que jamais...
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