vendredi 3 mars 2023

Un des titres de livres - j'ai lu beaucoup de titres mais peu de livres - qui m'a toujours plu est J'irai cracher sur vos tombes. Le décor est planté, la couleur annoncée, il reste à le mettre en scène. C'est ce qui a été fait et la journée du 23 juin 1959 en est la tragique illustration. Boris Vian meurt en assistant à la projection du film, qu'il avait désapprouvé publiquement. Il n'en a vu que quelques images avant de succomber à un arrêt cardiaque. Un dénouement digne d'une tragédie grecque versée dans le Paris d'après-guerre.
La fascination qu'exerce sur moi cette phrase très violente provoque un réflexe étonnant. Je ressens la pulsion inverse. Loin de vouloir souiller la mémoire d'un être haï, j'ai envie de m'immerger, non pas dans la tombe, mais dans les lieux qui ont hébergé mes héros. Un petit coin de la Sierra Maestra à Cuba ou de la forêt bolivienne, un siège du Cavern Club à Liverpool ou du Bambi Kino à Hamburg, une table de l'auberge Ravoux à Auvers-sur-Oise. S'y allonger, s'y lover, s'y endormir. Si si si.

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