LE VIDE CONJUGUE MAL (19)
Il
y a quelques années en arrière, quand les mots travail, social, lien,
contact avaient des atomes crochus au point de faire des petits, un de
mes chefs me distillait des mots doux. « Quand on a besoin de rien, on fait appel à toi » ou « Un rien t'occupe » ou encore « T'as fait quoi ce matin, à part arriver ? ».
Que des gentillesses, et qui tournaient toutes autour du concept du
rien. Comme il me connaissait bien, malgré nos différences et une belle
incompatibilité naturelle ! Quel plaisir de recevoir de tels
compliments, moi qui chéris ces sept mots d'Emil Cioran « Tout est superflu, le vide aurait suffi ».
Cette petite musique me rend visite régulièrement et c'est peu de dire
que je ne me lasse pas d'elle. Absolument pas, je la trouve belle comme
un jour sans lumière, j'ai plaisir à l'écrire sous toutes ses formes,
sur tous les supports. J'ai conscience d'être une sorte de prosélyte du vide
en me répétant ainsi - et en me repaissant - mais c'est un tel régal, je
ne peux m'empêcher de resservir mon Emil à tout bout de champ.
Quel champ ? Celui où je me repais, bien sûr. C'est magique, tout est
cohérent, tout colle façon puzzle comme dirait Raoul Volfoni.
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