Dans les jeux télévisés, l'animateur propose parfois au candidat de raconter une petite histoire vécue dont il garde le souvenir, un moment insolite ou amusant. Je me demande à chaque fois ce que je pourrais bien trouver à dire, car ma vie est avant tout un moyen létal d'existence, pas une galéjade. Or l'autre jour, en écoutant Mick Jagger chanter Winter, quelque chose m'est revenu. Septembre 1973, nous sommes à Berne. Nous, c'est à dire Gérard et moi. Les Rolling Stones sont en ville avec leur Rock&Roll Circus. Pour avoir des places, ça n'a pas été simple. En ces temps reculés, pas de réservation en ligne, et même pas de réservation du tout, il faut se déplacer et retirer les billets dans un point de vente, et longtemps à l'avance car la demande est forte. Nous avions donc demandé à Valentin qu'il alerte Raymond qui habitait Neuchâtel pour qu'il nous achète deux places. Le jour J, on est rendus dans la cité de l'ours, même pas en retard. Car sur la route, la 204 a pété une durite. La pression, l'obligation de nous véhiculer vers le plus grand groupe de rock du monde lui aura chauffé les fluides. Par chance, un gentil garagiste fit fissa et répara, notre bonne étoile balisant le chemin vers nos stars. On laisse Lady Peugeot dans une rue calme et nous nous hâtons vers la halle. La queue s'étire devant les portes mais ça progresse vite. Je serre les deux billets dans ma main. On y est presque, on va entrer. Le service d'ordre est du genre Hells Angels Helvètes, shootés au lait cru des alpages. Ici pas de chiens, ni de queues de billard ou de Harley Davidson en patrouille comme à Altamont. Je donne les deux billets au vigile. Il lève un bras pour me laisser passer et le rabaisse devant Gérard. J'ai un mouvement pour apostropher ce bernois borné, mais il ne me regarde pas, il fixe Gérard, façon toi tu rentres pas gratis, ou alors il faudra me passer sur le corps. Sauf que quand on a la tête de Jim Morrison, on peut en user et en abuser. Gérard l'avait, et il l'a toujours 50 ans plus tard, à un âge que Mr Mojo Risin n'a pas eu le temps d'imaginer. Il foudroie l'angel helvète du regard en criant « ZWEI !! » L’autre cède sous le choc des décibels et nous pénétrons dans l'arène sans en venir aux mains. Flashback, intérieur nuit tombée. Vibration, oscillation, satisfaction. Le son est cinglant, mais pas de quoi estourbir un bœuf, si Who voyez à qui je pense. Cascades de lumière, fraîcheur de rock des cavernes. Mick Jagger vire et volte en pyjama de soirée, Charlie fouette ses fûts, pelote ses peaux. Dans son coin, Mick Taylor lutine sa Gibson Sunburst, la même que Peter Green, un grand souvenir...
lundi 21 février 2022
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have a good trip my friend in this new opus
RépondreSupprimer( en anglais dans le texte )
Merci mon frère de rock and blog !
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